Réguler l'éclairage public, un défi à relever

La question de l’éclairage public est un des nombreux dossiers pris à bras le corps par la municipalité. Ainsi une expérimentation - il n’y a jamais eu de décision, définitive  - a été menée consistant à couper l’éclairage public aux heures où il se révèle globalement inutile, c’est à dire au cœur de la nuit. De la fin du mois de juin jusqu’à la Toussaint, l’alimentation des lampadaires a été coupée à partir de minuit, puis rétablie à 6H du matin dès la rentrée scolaire pour des raisons évidentes d’accès aux écoles dans de bonnes conditions de sécurité. Cette phase d’expérimentation a été close la semaine suivant la Toussaint, afin de faire un bilan précis de la situation et d’en tirer les enseignements nécessaires avant la décision finale du conseil municipal.

 

Avant de traiter le sujet en profondeur, il est bon de savoir que l’expérimentation a été perturbée par des événements survenus « hors protocole » : coupures inopinées – cela était déjà arrivé avant le lancement de l’expérimentation ! – sur l’ensemble du village ou par quartier pendant les horaires de fonctionnement normal, et débranchement d’un lampadaire sur deux dans la rue des Vosges. Par ailleurs l’extinction des lampadaires a été retardée à 1H du matin durant la période des représentations publiques, comme convenu avec le président de WAT (Wattwiller Association Théâtrale), mais limitée aux secteurs proches du complexe culturel et sportif Krafft.

Un contexte particulier

Il convient tout d’abord de situer l’expérimentation dans son contexte réglementaire. La commune n’a aucune obligation légale de mettre en place un dispositif d’éclairage public, mais le cas échéant, c’est elle qui détient normalement cette compétence. Celle-ci a cependant été transférée en 1997 par les quatre communes à la Communauté des Communes de Cernay et Environs. Il en résulte que c’est cette dernière qui depuis cette date assure l’entretien des installations, et surtout qui décide des investissements. Autrement dit aucune commune n’a la capacité juridique de définir le niveau et la nature des investissements réalisés et par conséquent de maîtriser la modernisation nécessaire des équipements, notamment ceux qui permettraient de réduire ou de réguler la puissance de l’éclairage… et il en sera de même pour la future Communauté de communes de Thann-Cernay issue de la fusion. Par contre la commune paie l’électricité consommée par l’éclairage public, qui lui est refacturée par la CCCE depuis 2009, soit 20 000 euros par an.

 

Il convient également de situer l’expérimentation dans son contexte plus global. Il s’agit pour la municipalité de répondre à l’impératif enfin reconnu unanimement - au moins en paroles… - de réduire drastiquement le gaspillage de l’énergie. Rappelons que la première énergie renouvelable est celle qui n’est pas utilisée ! En termes d’éclairage public, la consommation électrique a augmenté dans notre pays de 30% en dix ans, et elle s’y élève à 92 kWh/habitant/an contre 43 en Allemagne : une tendance qu’il faut inverser, et un retard par rapport à nos voisins qui montre que les marges de progrès sont considérables… On peut à juste titre dénoncer les gaspillages les plus criants, notamment dans les grandes zones d’activités économiques éclairées comme en plein jour, mais cela ne doit pas nous empêcher d’agir, chacun à son niveau, y compris communal. C’est dans cet esprit que plus d’une centaine de communes de France ont mis en œuvre le principe de la coupure de l’éclairage public une partie de la nuit, en général de minuit jusqu’à 6H du matin. La municipalité étudie les modalités pour s’inscrire dans ce mouvement qui va dans le sens de l’histoire.

Un gain écologique mais aussi financier

En extrapolant sur une année les résultats observés, on peut estimer l’économie énergétique réalisée par une coupure de l’éclairage public dès minuit à partir du printemps et entre minuit et 6h du matin à partir de la rentrée scolaire, à plus de 100 000 kWh/an soit au minimum 8500€/an : la préservation de la planète et économies financières vont de pair ! Par ailleurs, au retour d’expérience, la coupure de l’éclairage au cœur de la nuit entraîne la réduction de la pollution lumineuse et a permis de réduire significativement les nuisances sonores en limitant les rassemblements nocturnes dans certains quartiers. Les scientifiques nous rappellent aussi que cette coupure réduit l’impact négatif sur les écosystèmes. Elle doit permettre enfin de diminuer les coûts de maintenance pour la future Communauté de Commune Thann-Cernay, ce qui relève de la solidarité sur le territoire.

 

Il convient évidemment de ne pas opposer la coupure nocturne après minuit à la réduction de la consommation grâce à du matériel moderne, car les deux démarches se complètent en théorie et permettent d’optimiser les économies. Simplement la première est applicable dès aujourd’hui tandis que la seconde dépend des aléas des choix de la future intercommunalité. Or celle-ci risque de donner la priorité, à juste titre, aux investissements de base dans certaines communes de l’ancienne Communauté de Communes du pays de Thann aujourd’hui insuffisamment équipées, plutôt qu’à l’équipement high-tech de réduction de la consommation dans les communes déjà sur-éclairées la nuit.  Il faut par ailleurs se garder des fausses « bonnes idées », telles que la coupure d’un lampadaire sur deux. En effet, à l’expérience, soit il faut un éclairage public de qualité c'est-à-dire ne laissant pas de trou noir afin de répondre au besoin légitime de circuler en toute sécurité, plus particulièrement pour les piétons notamment enfants et aînés, soit cet éclairage est inutile et on peut le couper totalement sur des plages horaires adaptées, évidemment non figées.

Des habitudes et perceptions qui peuvent évoluer

La coupure du courant peut légitimement susciter des craintes. La « peur du noir » est parfaitement compréhensible, même lorsque l’on ne sort pas de chez soi ou que l’on circule en voiture : le milieu est profondément modifié, l’ambiance change, les repères habituels disparaissent. Pour autant, à l’expérience des communes engagées dans cette démarche, ces inquiétudes et perceptions s’estompent assez rapidement. Il en est de même pour ce qui concerne la sécurité des biens et des personnes. Mais les retours de la gendarmerie sont formels : les cambriolages s’effectuent essentiellement le jour, lorsque les personnes ont quitté leur logement. En effet, après avoir soigneusement repéré les habitudes diurnes des occupants, les malfrats préfèrent opérer le jour en toute sérénité, sans devoir gérer une présence humaine, ce qui n’est pas le cas la nuit.

 

La coupure du courant peut évidemment poser des problèmes de circulation pour les habitants dans la nuit noire. C’est la raison pour laquelle l’extinction des lampadaires ne doit être programmée qu’à partir de minuit, la municipalité étant partie du constat qu’après cette heure plus personne ne circule, sauf exception : il n’y ni cinéma ni restaurant ni bar ouverts à cette heure dans le village, les activités associatives sont en général terminées, et la quasi-totalité des habitants rentrés chez eux. Les personnes qui se déplacent occasionnellement tard dans la nuit à pied dans le village peuvent dans cette hypothèse prendre leurs précautions et celles qui rentrent tard après une sortie en ville utilisant leur voiture n’ont pas besoin de l’éclairage public pour circuler à vitesse raisonnable. Il en va de même pour le confort d’accès au logement : pour ouvrir la porte d’entrée, un éclairage ponctuel privé est une solution plus adaptée que l’illumination de tout le village. Au final, la limitation nécessaire du gaspillage énergétique à tous les niveaux nous invite à modifier nos anciennes habitudes et perceptions : l’expérience montre que c’est possible. Cela n’en vaut-il pas la peine ?